Journées d'étude: ALARIC

Appel à communication


Date limite de soumission des propositions : 6 janvier 2020
Réponse du comité scientifique aux auteurs : 4 février 2020
Date limite d’envoi du texte pour les propositions retenues : 2 mars 2020


Format des propositions de communication


Les propositions de communication pourront être rédigées en français ou en anglais. Elles ne devront pas dépasser 4000 signes (environ 2 pages) et comporter un titre précis ainsi que quelques références bibliographiques. Elles indiqueront les noms des communicants, leur institution de rattachement et leur mail. Les propositions doivent s’inscrire dans l’un des trois axes thématiques décrits ci-dessous. En vue des journées d’études, les auteurs retenus devront soumettre un texte court (10 000 à 15 000 signes, espaces compris)

Présentation


Différents bouleversements actuels de l’organisation urbaine font entrer les villes dans un nouvel âge, en lien non seulement avec les mutations vers une société « post-industrielle » et « durable », mais également avec une situation d’accélération de la métropolisation et d’accentuation des ségrégations socio-spatiales (Béal et al., 2011 ; Davezies, 2012 ; Velz, 2015).


Pour pouvoir appréhender ces mutations, il est nécessaire de mettre à distance et replacer dans la longue durée ces éléments contemporains de lecture de la production des villes. Dans cette perspective, le colloque souhaite donc interroger la pensée du changement lui-même, en faisant l’hypothèse de l’apport d’un retour rétrospectif sur les mutations de la production urbaine dans l’histoire. Cette démarche peut nourrir une compréhension de l’inscription du changement urbain en cours, et, aussi, alimenter un discours prospectif essayant de penser la ville future. En effet,
aujourd’hui comme hier, c’est par l’observation de l’invention de nouvelles pratiques, manières d’habiter, de se déplacer, de la capacité à redonner du sens et de la valeur aux espaces locaux, que se repère la construction d’une nouvelle réalité urbaine.


L’analyse de la production de la ville suppose donc de pouvoir observer et identifier l’apparition de moments de discontinuité, ponctuant des dynamiques inscrites dans le temps long. Le changement urbain prend alors concrètement la forme d’une addition d’expériences qui sont autant de laboratoires tâtonnants d’un projet ayant pour objectif d’inscrire dans le quotidien et la proximité des transformations relevant de la longue durée et d’échelles globales. Dans ce contexte, les évolutions des sciences sociales ont induit un renouvellement dans les méthodologies d’observation du changement urbain, et ont imposé la nécessité de multiplier les documentations, proposant autant de perspectives disciplinaires sur la ville en train de se faire.
Le champ des Humanités Numériques notamment, qui articulent les disciplines de sciences sociales aux technologies numériques, a ouvert de nouvelles possibilités d’appréhension du changement urbain passé.


Ce cadre général de réflexion se nourrit de trois questionnements complémentaires qui invitent à une appréhension à la fois méthodologique et réflexive de la notion de changement urbain et qui définissent donc trois axes de travail :
– Qu’est-ce-que le changement urbain ?
– Comment documenter et cartographier le changement urbain ?
– Peut-on fonder une approche prospective de la ville sur la connaissance de ses dynamiques d’urbanisation ?



1. Qu’est-ce que le changement urbain ?


Le « changement urbain » renvoie à une notion difficile à saisir scientifiquement, d’autant que sa définition relève de plusieurs approches scientifiques. La tradition sociologique et géographique saisit le changement urbain par le prisme du changement social (Merlin et Choay, dir., 2010) et l’interférence des pratiques culturelles et sociales dans la production urbaine.
L’urbanisme et les sciences politiques priorisent la compréhension de l’évolution des jeux d’acteurs et la recomposition des pouvoirs pour identifier ces moments où « la ville est pensée autrement (mutation des savoirs sur la ville) et ensuite fabriquée autrement (mutation de la forme de la ville) » (Lévy, 2005). La géographie sociale, enfin, a permis de réévaluer le rôle des représentations de l’espace dans la construction du sens social des lieux (Lussault, 1998 ; Di Méo et Buléon, dir., 2005). Domine enfin aujourd’hui une approche du changement urbain sur le temps long selon une lecture typo-morphologique et l’observation des transformations de la matérialité urbaine, notamment par la mobilisation des systèmes d’information géographique qui permettent de proposer des hypothèses sur les processus de changement à l’oeuvre. Carrefour pluridisciplinaire du fait de la multiplicité et complexité des processus observés (mutations des pratiques, des jeux d’acteurs, des techniques), le défi est de concevoir une approche élargie du changement urbain qui croise matérialité et imaginaire social.


La question du temps urbain est bien évidemment au coeur d’une approche définitionnelle du changement de la ville. Ces processus s’inscrivent en effet dans la durée, jouant de continuités et de ruptures : « La ville appartient au temps long » (Roncayolo, 1996). Comment les chercheurs caractérisent-ils les temporalités du changement urbain et quels modèles conceptuels mobilisent-ils pour identifier les moments de discontinuité caractérisant le passage d’un âge
urbain à un autre ?


Cet axe invite à confronter les définitions parfois contradictoires du changement urbain et des moments de discontinuité dans la production urbaine, pour discuter collectivement de choix méthodologiques inscrits dans des horizons disciplinaires. Dans ce contexte, cette session souhaite notamment interroger la façon dont la pluralité scientifique peut permettre de porter une appréhension élargie des transformations des villes.


2. Documenter, cartographier le changement urbain


La recherche contemporaine en histoire urbaine est caractérisée par un développement important des projets d’observation du changement urbain, au travers de la mise en oeuvre très répandue de SIG historiques, mobilisant parfois la 3D pour observer la structure changeante des villes (Gregory, 2003 ; De Roo, Bourgeois et De Maeyer, 2013). Ces projets approchent les processus de transformation de la fabrique urbaine, grâce à la formalisation de bases de données spatio-temporelles décrivant dans le temps long l’urbanisation d’un territoire (Gauthiez, 2004 ; Rodier et Saligny, 2010 ; Mathian et Sanders, 2015). Cet axe souhaite interroger l’actualité de ces approches, en questionnant les enjeux méthodologiques qui demeurent quant à leur mise en oeuvre, en particulier le rapport que ces projets entretiennent avec les données de l’observation et leur formalisation. Autrement dit, quel changement urbain ces projets objectivent-ils ?


Le renouveau de la cartographie du changement urbain porte l’héritage d’une pluralité d’approches de la production urbaine, caractérisé par l’extension des objets de sciences sociales mobilisés, à l’exemple des approches sensibles de la ville. Le développement des humanités numériques a ainsi nourri un questionnement sur les apports de la mobilisation de corpus documentaires variés en vue d’une description et compréhension des transformations de la ville (Gregory et al., 2015). Une place toute particulière y est aujourd’hui donnée aux images, aux témoignages oraux, aux documents multimédias, ou encore à la presse. Quelle documentation urbaine est aujourd’hui mobilisée dans les travaux de recherche et peut-on parler d’un renouvellement dans la façon de s’en saisir comme dans celle d’appréhender le changement urbain ? La pratique cartographique est ainsi confrontée au défi d’une prise en compte de questionnements très ancrés dans les méthodes de sciences sociales. Comment représenter des espaces et des temporalités mal définis et soumis à l’interprétation ? Quel statut donner à un document d’archives dont le contenu ne peut se réduire à un strict donné spatial ou temporel tout en étant signifiant quant à l’appréhension de processus de transformation dont la saisie relève traditionnellement des sciences humaines ?


Cet axe souhaite ainsi présenter des projets de documentation cartographique de la production urbaine et des transformations des villes sur le temps long, en étant sensible à la pluralité scientifique des projets, la novation dans les corpus documentaires mobilisés, et l’approche cartographique proposée.


3. Peut-on fonder une approche prospective de la ville sur la connaissance de ses dynamiques d’urbanisation ?


Trouver dans le présent des villes les ferments de leur transformation est au fondement du projet ALARIC qui posait comme hypothèse que la « ville durable » loin de constituer simplement l’objectif d’une démarche programmatique en construction, pouvait d’ores et déjà se repérer dans la mutation des pratiques et le développement de l’imaginaire les produisant. Ce faisant l’hypothèse s’inscrit dans la perspective plus générale d’un changement urbain procédant
davantage par décalages que par ruptures, loin de la figure idéale de la conduite rationnelle d’un projet. Dans cette perspective retrouver dans l’histoire des villes les modalités de leur transformation constitue une ambition qui n’est pas seulement tournée vers la connaissance du passé mais qui concerne aussi la pratique contemporaine de l’aménagement et la définition d’une compétence d’aménageur.


Il n’est d’intervention sur l’urbain sans conception de l’urbain ; « penser la ville conduit [en effet] à projeter la ville » (Roncayolo, 1992). L’urbanisme, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a construit sa légitimité en se réclamant de modèles structurés opposant progressistes et culturalistes (Choay, 1965, 1979). Ceux-ci entretiennent un rapport contradictoire à l’histoire, les premiers en rejetant l’héritage et les enseignements, si ce n’est comme modèle de ce qu’il ne faut
plus faire, les seconds y cherchant à la fois un art de faire comme Camillo Sitte (1889, 1902, 1996), et la source d’une continuité inspiratrice de leur analyse et de leur action comme Patrick Geddes (1915, 1994). C’est un dépassement de cette opposition et de ce rapport conservateur à l’histoire qui n’est que le symétrique de son rejet par les progressistes, qui est envisagé ici. En se plongeant dans le passé de la fabrique urbaine, il ne s’agit ni d’aller y chercher des modèles ou des contre-modèles, ni des recettes ou des schémas d’action, mais d’y trouver des leviers de compréhension du changement urbain susceptibles d’être réinvestis dans le présent.


La compréhension de la production urbaine, d’hier à d’aujourd’hui, peut ainsi être envisagée comme une modalité d’appréhension des processus de production de la ville, en tant que cadres fournissant des repères pour l’action, décalés des approches par trop standardisées des politiques urbaines. Nourrie de la spécificité des situations, elle conduit à remettre le projet dans le contexte de la singularité du moment qui le porte, tout en y repérant les chevauchements et les inerties des représentations et des imaginaires qui l’interprètent et l’infléchissent ; elle conduit à s’affranchir de la sorte des stéréotypes et des modèles pour développer une conception vraiment contemporaine de l’espace urbain dans une perspective tant théorique que pratique que Françoise Choay (1970) a depuis longtemps suggérée. Cet axe invite donc à interroger les réalisations et projets urbains développés aujourd’hui en les inscrivant dans des modalités d’aménagement relevant de la longue durée de l’histoire des villes envisagée tant dans ses continuités que dans ses ruptures.


Ces journées d’études viennent en conclusion du projet ALARIC (A la recherche de l’Incrémentation du changement) financé par le Labex IMU. Ce projet dédié à l’exploration du changement urbain sur d’anciens territoires industriels de la région Lyon-Saint-Etienne s’inscrit dans une perspective transdisciplinaire dont l’objectif est de faire dialoguer des démarches partageant cet objet de recherche. Une attention toute particulière sera apportée aux communications centrées sur des méthodes innovantes ou des approches critiques d’appréhension du changement urbain passé et en cours, présentant l’influence des nouvelles technologies numériques dans le renouvellement des analyses portant sur le changement urbain, ainsi qu’à la place des expériences dites sensibles dans l’appréhension du changement des villes.

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